Novembre n’a rien de spectaculaire. Pas de récoltes débordantes ni de floraisons éclatantes. Pourtant, c’est maintenant que tout se joue. Ce mois charnière prépare votre jardin à traverser l’hiver sereinement et à repartir du bon pied au printemps. Entre plantations stratégiques, protections ciblées et derniers nettoyages, voici ce qu’il faut vraiment faire au jardin en novembre.
Planter maintenant pour gagner six mois
Novembre est le mois des plantations par excellence. Le sol reste tiède, les pluies l’humidifient en profondeur et les végétaux profitent de l’hiver pour installer leurs racines tranquillement. Résultat : une reprise vigoureuse au printemps, sans stress hydrique.
Le dicton « À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » (25 novembre) ne sort pas de nulle part. C’est le moment idéal pour planter les arbres et arbustes à racines nues. Fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers), arbustes d’ornement (lilas, forsythia), rosiers, petits fruits (framboisiers, groseilliers, cassissiers) : tous s’installent mieux maintenant qu’au printemps. Pensez à praliner les racines avant plantation, ce mélange de terre, d’eau et d’argile favorise la reprise.
Côté bulbes, c’est la dernière fenêtre pour planter les floraisons printanières. Tulipes, narcisses, jacinthes, crocus, muscaris : plus vous les mettez en terre tôt, plus ils fleuriront précocement. Choisissez un sol bien drainé et plantez à une profondeur équivalente à trois fois la hauteur du bulbe.
Au potager, novembre accueille l’ail, les oignons et les échalotes. Ces bulbilles passeront l’hiver en terre pour une récolte précoce dès le printemps. Privilégiez un terrain non détrempé et bien exposé. Dans les régions aux hivers doux, tentez aussi les fèves et les pois à grain rond pour une récolte en mai.
Protéger ce qui craint le froid
Toutes les plantes ne sont pas égales face au gel. Novembre impose de repérer les frileuses et de leur offrir une protection adaptée avant les premières vraies gelées.
Les plantes en pot sont les plus vulnérables. Leurs racines, moins isolées que celles en pleine terre, risquent de geler. Rentrez les agrumes, lauriers-roses, bougainvilliers et géraniums dans un local hors gel. Pour les potées trop lourdes, enveloppez-les de voile d’hivernage ou de papier bulle et surélevez-les sur des cales pour éviter que l’eau ne stagne.
En pleine terre, paillez généreusement le pied des plantes sensibles : artichauts, agapanthes, jeunes arbustes persistants. Une couche de 10 à 15 cm de feuilles mortes, paille ou écorces protège efficacement. Pour les palmiers, liez les palmes ensemble afin de protéger le cœur, point vital de la plante.
Les dahlias méritent un traitement à part. Arrachez-les après les premières gelées, coupez les tiges à 10 cm, laissez sécher les tubercules quelques jours puis stockez-les au sec, en cave ou garage hors gel. Étiquetez les variétés si vous en avez plusieurs.
Le voile d’hivernage reste l’allié des plantes borderline. Léger, respirant, il protège jusqu’à moins 5°C sans étouffer. Posez-le sans serrer, en laissant circuler l’air à la base.
Les dernières récoltes avant l’hiver
Novembre marque la fin des récoltes généreuses, mais quelques légumes attendent encore d’être cueillis ou peuvent rester en place tout l’hiver.
Sortez les courges et potirons avant la première gelée nocturne. Stockez-les dans un endroit sec, entre 8 et 15°C, à l’abri de la lumière. Vérifiez qu’ils n’ont pas de blessure, les abîmés se conservent mal. Les légumes racines (carottes, betteraves, céleris, navets) se récoltent maintenant ou se laissent en terre, protégés d’un paillis épais si les hivers sont rudes.
Certains légumes bravent le froid sans broncher. Poireaux, choux (de Bruxelles, frisés, pommés), panais, topinambours : récoltez-les au fur et à mesure de vos besoins, même sous la neige. Leur goût s’améliore souvent après les premières gelées.
La mâche, semée en septembre, se récolte déjà. Coupez les feuilles au-dessus du collet pour favoriser la repousse. Sous abri, épinards et roquette continuent aussi de produire modestement.
Côté verger, ramassez tous les fruits tombés et retirez ceux qui sont restés accrochés s’ils sont abîmés. Ils propagent des maladies comme la moniliose. Compostez uniquement les fruits sains, brûlez ou jetez les malades.
Nettoyer sans tout raser
Le grand nettoyage d’automne tente tous les jardiniers. Prudence : un jardin trop propre devient un désert pour la biodiversité.
Ramassez les feuilles mortes sur la pelouse et les allées, elles étouffent le gazon et favorisent les maladies. Mais ne les jetez surtout pas. Elles constituent un trésor : compostez-les, utilisez-les en paillis au pied des arbustes ou stockez-les pour enrichir le potager au printemps. Les feuilles de chêne, de hêtre ou de charme se décomposent lentement et font un excellent paillis.
Laissez toutefois un tas de feuilles dans un coin tranquille du jardin. Hérissons, insectes auxiliaires et petits mammifères y trouvent refuge pour l’hiver. Quelques brindilles, mousses et feuilles sèches leur offrent un habitat précieux.
Au potager, arrachez les cultures fanées (tomates, courgettes, haricots) et compostez-les si elles sont saines. Nettoyez les parcelles libérées en retirant les mauvaises herbes, mais ne laissez pas la terre nue. Couvrez-la d’un paillis épais ou semez un engrais vert (moutarde, trèfle) si le sol n’est pas encore gelé.
La dernière tonte de pelouse s’effectue en réglant la tondeuse assez haute (5 à 6 cm). Une herbe trop courte résiste mal au gel. Profitez-en pour ramasser et broyer les dernières feuilles. Nettoyez ensuite votre tondeuse avant de la ranger jusqu’au printemps.
Côté taille, novembre autorise quelques coupes sur les arbustes à floraison estivale (buddléia, hibiscus), qui ont terminé leur cycle. En revanche, ne touchez pas aux arbustes à floraison printanière (lilas, forsythia, seringat) : vous supprimeriez leurs boutons floraux. Pour les rosiers buissons, une taille légère suffit pour éviter qu’ils ne se balancent au vent. La vraie taille attendra mars.
Nourrir la terre pour le printemps
Un sol bien nourri en novembre, c’est un jardin vigoureux au printemps. Ce mois-ci, pensez long terme.
Étalez une bonne couche de compost mûr au pied des arbres, arbustes et vivaces. Les vers de terre et micro-organismes l’incorporeront progressivement, enrichissant la structure du sol. Même un compost pas totalement décomposé fait l’affaire, il finira de mûrir sur place.
Pour les parcelles de potager libérées, deux options. Soit vous paillez généreusement avec des feuilles mortes, de la paille, du foin ou même des cartons bruns (sans encre). Ce paillis protège le sol de l’érosion, nourrit la vie souterraine et limite les adventices au printemps. Soit vous semez un engrais vert (moutarde, phacélie, trèfle incarnat) si les températures le permettent encore. Ces plantes captent l’azote de l’air, structurent le sol avec leurs racines et se faucheront au printemps pour nourrir la terre.
N’oubliez pas d’alimenter votre composteur avec les déchets verts du jardin, les feuilles mortes et les tontes. Brassez régulièrement pour activer la décomposition. Un bon compost se prépare toute l’année.
Novembre file vite entre deux averses. Chaque geste posé maintenant vous fait gagner des semaines au printemps. Et quand les premiers bourgeons éclateront en mars, vous serez content d’avoir pris ce temps en novembre.
